Les couleurs parlent

Aux caractères physiques des couleurs s’ajoutent des impressions beaucoup plus subtiles qui varient d’un individu à l’autre. La force des couleurs pénètre jusqu’en nous, que nous en soyons conscients ou non. Goethe parlait de « l’effet sensuel et moral de couleurs » et il a raison. Témoin cette histoire réelle : un industriel convie des amis à dîner ; des odeurs agréables et prometteuses accueillent les invités dès l’entrée ; lorsqu’on fut assis autour de la table de la salle à manger et que des plats superbes furent apportés, le maître de maison alluma des lumières rouges qui tirent paraître la viande crue, les épinards noirs et les pommes de terre rouges. Le premier étonnement passé, la lumière rouge fit place à une lumière bleue, le rôti prit un aspect gâté, les pommes de terre parurent pourries. Les invités se servirent à peine, portèrent avec dégoût les aliments à leur bouche ; mais quand ce fut le tour d’une lumière jaune, ce fut affreux : le vin rouge prit l’aspect d’une huile épaisse et les visages ressemblèrent à des spectres jaunis ; quelques femmes sensibles se levèrent et quittèrent la table, personne ne pouvait plus manger. L’hôte rendit la lumière blanche qui redonna l’appétit aux convives, et chacun put commenter à loisir les sensations curieuses qu’avait apportées la modification de l’éclairage.

A ces sensations assez inexplicables se joignent des associations d’idées : le rouge est lié à l’idée du sang ; l’orange à celle du fruit, du feu, du coucher de soleil ; le bleu évoqué le ciel, la fraîcheur de l’eau ; alors que le violet fait penser à un deuil, à un évêque ; le vert s’associe à la nature, à la compagne.

C’est l’association de toutes ces perceptions qui pousse chaque individu à préférer certains tons, certains accords ; cette préférence, très subjective, doit être respectée.

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