Celle qui triche avec la vérité

« Je n’ai pas eu le temps de faire cette course pou toi, dit-elle à son mari. Tu comprends ta mère est venue me voir. Je ne pouvais tout de même pas la laisser tomber. »

Est-ce faux ? Pas du tout. Sa belle-mère lui a effectivement rendu visite dans l’après-midi. Alors, c’est qu’elle dit la vérité ? Eh ! Bien, non, pas tout à fait non plus ! Car ce qu’elle oublie de préciser, c’est que la visite en question n’a pas duré une demi-heure, et qu’elle aurait u largement le temps de rendre à son mari le service demandé. Seulement, voilà. Cela l’ennuyait de sortir, et elle a été trop contente de trouver un alibi pour esquiver ce qu’elle considérait comme une corvée.

– J’ai cru que vous n’étiez pas là, dit-elle à une amie à qui, depuis des semaines, elle avait promis de téléphoner pour lui donner un renseignement. J’ai appelé plusieurs fois chez vous, mais sans succès.

Elle ne ment pas. Seulement, comme elle n’était pas pressée de donner le renseignement en question (l’adresse d’un antiquaire chez qui elle s’était vantée d’avoir acheté des bibelots à moité prix de ce qu’ils lui avaient réellement coûté), elle a pris soin de ne téléphoner qu’à des heures où elle savait son mie retenue au dehors par ses occupation.

Voici des années qu’elle laisse entendre à sa filleule qu’elle lui offrira, pour son mariage, le service à café ancien, en argenterie, qu’elle possède. La date de cet heureux événement est fixée et la jeune fille aiguille vers d’autres cadeaux ses parents et amis. Invitée par sa marraine à venir « chercher son petit cadeau », quelle n’est pas sa surprise, sa déception, en se voyant remettre une cafetière électrique, objet fort utile, certes mais dont elle possède déjà un exemplaire !

– J’ai vu, explique la donatrice, que ton mobilier est moderne. J’aurais en scrupule à t’offrir quelque chose de trop vieux jeu !

En vérité, le moment venu, elle ne s’est pas senti le courage de se séparer de son joli service et elle a trouvé un moyen (qu’elle est seule à croire élégant) de revenir sur sa promesse.

D’autres fois, pour se donner de l’importance et enjoliver ce qu’elle raconte, elle assemble des bribes de vérité, comme d’autres arrangement des fleurs dans un vase. Un coup des ciseaux par-ci, un peu de rembourrage par-là… N’est-ce pas mieux ainsi ? Pour un bouquet, certainement, mais pour la vérité, c’est moins sûr.

Car, devant ce mélange intime et subtil du vrai et du faux, il n’y a pas de défense possible et un doute subsiste toujours : « Après tout, c’est peut-être moi qui me fais des idées… Elle peut-être de bonne foi ! »

« C’est la vérité vraie », disent les gens simples pour renforcer leurs affirmations.
De ce qu’elle raconte, on pourrait dire : « C’est la vérité pas varie. »

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