Entre le pain et le sel….

Un dimanche, nous pique-niquions en famille. Nous espérions avoir découvert une clairière bien solitaire lorsque survint une autre famille qui s’installa à portée d’oreille. Nous avons échangé des coups d’œil désolés, mais nous sommes restés car tout était déjà prêt pour le déjeuner.

Peu après, une voix nous parvient : « Simone, tu as oublié le sel ! »

Très dignes, nous autres « grandes personnes », nous hésitions. Mais ma jeune cousine Katrina, dix-huit ans, état déjà debout. Avec un parfait naturel, elle versa la moité de notre salière dans un cornet de papier improvisé et franchit les quelque mètres de pays indivis. Son arrivée fut saluée de salves de remerciements, d’exclamations, de rires.

Elle revint, modeste et triomphante. Personne ne commenta son geste. Et pourtant, autrefois, cette initiative aurait passé pou une indiscrétion ; chacune des deux faillies aurait affecté de se trouver seule sur place.

Arrivés au fromage, nous manquions de pain. Sans réfléchir, Katrina s’écria : « Je vais voir si les voisins peuvent nous en céder. »

Tant et si bien qu’au café nos avons vu apparaître une jeune fille tenant un grand sac de chocolats et le passant à la ronde. Tant et si bien que peu après, sans savoir comment c »était arrivé, les « douze-à-dix-huit ans » des deux pique-niques disputaient ensemble une magistrale partie de ballon : Tant et si bien qu’une nous quittant nous avons échangé nos noms et nos adresses.

Je ne vous dirai pas que nous sommes certains de nous revoir, que ce sera là le départ d’une amitié. Mais n’est-il pas toujours intéressant de s’ouvrir aux vents du dehors ? Ce charme que nous trouvons aux rencontres de vacances, même sans lendemain, pourquoi nous en priver sous prétexte qu’il est limité à quelque heures ?

Katrina ardent campeuse, allant spontanément offrir le sel et demander le pain, n’a-t-elle pas retrouvé spontanément l’attitude la plus naturelle aux humains ?

Les gens de la campagne ont la jolie habitude de saluer les passants inconnus. C’est dans les villes seulement que l’on feint d’ignorer l’existence des autres. Essayons donc de nous rappeler que nous sommes du même pays du même temps, et par conséquent liés les uns aux autres. Nous nous sentirons moins isolés. Et, à coup sûr, plus contents.

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