Le désespoir de nos jours

Le désespoir de nos jours même à Montréal

Le désespoir de nos jours même à Montréal

Le désespoir de nos jours même à Montréal

A la porte du bureau du surintendant d’un des plus grands magasins de Montréal, je fais antichambre. Nous sommes une cinquantaine. Une amie, sollicitant une positon de vendeuse,, m’avait, depuis longtemps, promis de m’amener, prétextant : « Vous raconterez vos impressions à toutes les petites institutrices de campagne qui rêvent d’abandonner leur gagne-pain honorable et sûr pour venir dans la grande ville se chercher une position à un salaire de famine qui ne leur permettra pas toujours de payer leur chambre et de manger à leur faim »

Heureuse d’une pareille aubaine, je suis venue. Le lourd silence de l’antichambre contraste violemment avec le bruit du magasin. Soixante figures se tournent vers nous quelques-unes insistent et prolongent leur examen, mais bientôt toutes se replongent dans une morne indifférence, les yeux regardant en dedans. Un pied énervé de la longue attente bat et vient se heurter au pied de la chaise, un voisin que ce bruit arrache de sa profonde rêverie fait des mouvements d’impatience. Personne ne parle car dans cet antichambre, quoi dire, sinon des choses tristes, des mots de révolte contre la destinée, contre le travail qui ne vient pas, contre tout?

Le désespoir de nos jours et la vie d’une fille

La porte du bureau s’ouvre, livrant passage à une jeune fille, pendant qu’une autre entre à sa place. La jeune fille, où plutôt une fillette passe près de nous, ma compagne qui la connaît pour l’avoir souvent rencontrée là, lui demande : « Et puis? » L’autre lève vers nous un regard désolé dans une petite figure pâlotte : « Il m’a dit de revenir dans une semaine, il y a six mois qu’il me répète la même chose : dans le moment, il n’y a pas de travail pour moi. » Écrasant du doigt une larme qui glisse déjà sur sa joue, silencieusement, elle s’en va. J’ai le cœur serré… Quel âge peut-elle avoir cette petite? Seize ans, peut-être? Et déjà obligée de se mesurer avec la vie, de se chercher à manger. Elle s’en va vers la grande ville, où généralement, chacun va, indifférent de la détresse de son voisin… Elle s’en va vers le froid, vers la faim peut-être… A l’âge où d’habitude on babille comme un oiseau, on parle chiffons et dentelles… Pauvre petite!

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Le désespoir de nos jours et le deuil

Près de moi un long soupir me tire de ma profonde méditation. Un jeune homme se lève pour aller prendre place au bout de la fille qui attend à la porte du bureau. Une femme en deuil vient prendre sa place, sur sa figure tirée on voit des traces évidentes de lassitude : « Il est quatre heures, me dit-elle, et j’attends depuis midi. Quand aurai-je mon tour maintenant? J’ai dû le céder, je ne pouvais plus rester debout tant j’étais fatiguée… depuis une heure déjà, j’étais là… » Devant mon regard de sympathie, malgré son air efface, elle osa me demander; « Est-ce la première fois que vous venez? – Oui, répondis-je, et ce que je trouve ça triste, triste à pleurer toutes ces figures désespérément lasses ou énervées, tous ces fronts derrière lesquels on soupçonne de douloureux secrets. » A son tour, la jeune femme a pour moi un regard de pité : « Vous trouver ça triste et c’est la première fois que vous venez? Pauvre enfant… » Et voyant entrer un jeune homme, elle ajouta : « Ici, voyez-vous chaque nouvel arrivant est regardé comme un intrus qui enlève d’autant la chance que chacun a de voir ses services acceptés et vous-même, qui venez pour la première fois, vous passerez avant moi qui enlève d’autant la chance que chacun a de voir ses services acceptés et vous-même, qui venez pour la première fois, vous passerez avant moi qui ai pourtant bien besoin de travailler pour vivre et donner du pain à mes deux petits si vous avez un peu de protection. – Vous avez le secours direct, lui répliquai-je pour connaître le fond de sa pensée? » D’un regard méprisant, elle appui, « sans doute, Mademoiselle, mais j’aime mieux gagner le pain que je mange. » Sentant que je viens de blesser la pauvre femme et que moi-même, je suis très mal jugée, j’explique dans quel but je suis là… puis je cesse de parler pour observer toutes ces figures qui m’entourent. De jeunes filles surtout, la plupart silencieuses, les yeux vagues, la physionomie de personnes désappointées d’avance… elles sont habituées à la misère et ça se voit. Je suis sûre que parmi toutes celles-là, il en est qui n’ont pas compliqué. L’une d’elles surtout me jette un regard discret et navrant pendant que je grignote des chocolats… Celle-là sûrement a faim…. une gêne instinctive me fait replacer la boite de bonbons dans le sac à main sur mes genoux pendant que je ma demande comment je pourrais en faire profiter la grande fille trop pâle, trop blonde qui me fait face et qui a faim…

Je continue mon examen… les personnes qui sont reparties toutes déçues (car une place, il y a au moins cent demandes) sont vite remplacées. Il est presque cinq heures, je sais ce que je désirais savoir et prête à suivre car qu’elle ait ou non la position sollicitée, elle n’en aussi a vu le regard profond et pitoyable posé sur nous… prévenant mon geste, en passant près de la jeune fille qui a faim, discrètement elle glisse sur ses genoux la boite de bonbons dont elle n’a nul besoin et nous partons soupçonnant seulement, car il serait impossible de l’évaluer toute la des centaines de personnes viennent inutilement attendre la position qui leur permettra de vivre honorablement et qui s’en retourneront ce soir, découragées, les unes retrouver la froide solitude de leur chambre, mauvaise conseillère pour les jeunes cœurs… les autres s’abattre sur une chaise pas toujours solide en gémissant : « rien »… aux leurs qui, le cœur battant d’anxiété auront attendu leur retour.

Le désespoir de nos jours n’est pas une blague

Tout ceci est scrupuleusement vrai, amies lectrices… et adressé à une petite amie de la compagne qui me disait : « je voudrais laisser ma place d’institutrice à trop petit salaire pour aller travailler à Montréal. Qu’en pensez-vous?? … Voici ma réponse!

// fin Le désespoir de nos jours

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